LOLART, le concept plastique qui métamorphose une vie

Bernard Dublé

Bernard revient sur une de ses nombreuses vies : celle du chercheur-trouveur. Créateur et ingénieur en dehors des cases, il trouve une forme archétypale presque par hasard qui va s'avérer aussi simple que riche.

LOLART, le concept plastique qui métamorphose une vie

Bernard Dublé

Bernard revient sur une de ses nombreuses vies : celle du chercheur-trouveur. Créateur et ingénieur en dehors des cases, il trouve une forme archétypale presque par hasard qui va s'avérer aussi simple que riche.

LOLART, le concept plastique qui métamorphose une vie

Bernard Dublé

Bernard revient sur une de ses nombreuses vies : celle du chercheur-trouveur. Créateur et ingénieur en dehors des cases, il trouve une forme archétypale presque par hasard qui va s'avérer aussi simple que riche.

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Bernard Dublé

Bernard revient sur une de ses nombreuses vies : celle du chercheur-trouveur. Créateur et ingénieur en dehors des cases, il trouve une forme archétypale presque par hasard qui va s'avérer aussi simple que riche.

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Bernard Dublé

Bernard revient sur une de ses nombreuses vies : celle du chercheur-trouveur. Créateur et ingénieur en dehors des cases, il trouve une forme archétypale presque par hasard qui va s'avérer aussi simple que riche.

LOLART, le concept plastique qui métamorphose une vie

Bernard Dublé

Bernard revient sur une de ses nombreuses vies : celle du chercheur-trouveur. Créateur et ingénieur en dehors des cases, il trouve une forme archétypale presque par hasard qui va s'avérer aussi simple que riche.

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Bernard Dublé

Bernard revient sur une de ses nombreuses vies : celle du chercheur-trouveur. Créateur et ingénieur en dehors des cases, il trouve une forme archétypale presque par hasard qui va s'avérer aussi simple que riche.

LOLART, le concept plastique qui métamorphose une vie

Bernard Dublé

Bernard revient sur une de ses nombreuses vies : celle du chercheur-trouveur. Créateur et ingénieur en dehors des cases, il trouve une forme archétypale presque par hasard qui va s'avérer aussi simple que riche.

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Bernard Dublé

Bernard revient sur une de ses nombreuses vies : celle du chercheur-trouveur. Créateur et ingénieur en dehors des cases, il trouve une forme archétypale presque par hasard qui va s'avérer aussi simple que riche.

LOLART, le concept plastique qui métamorphose une vie

Bernard Dublé

Bernard revient sur une de ses nombreuses vies : celle du chercheur-trouveur. Créateur et ingénieur en dehors des cases, il trouve une forme archétypale presque par hasard qui va s'avérer aussi simple que riche.

LOLART, le concept plastique qui métamorphose une vie

Bernard Dublé

Bernard revient sur une de ses nombreuses vies : celle du chercheur-trouveur. Créateur et ingénieur en dehors des cases, il trouve une forme archétypale presque par hasard qui va s'avérer aussi simple que riche.

LOLART, le concept plastique qui métamorphose une vie

LOLART, le concept plastique qui métamorphose une vie

LOLART, le concept plastique qui métamorphose une vie

Un pas de côté et les deux pieds dans l’art

Le hasard fait bien les choses. Début 1980, depuis Paris, Bernard, jeunot, va voir un copain qui travaille dans le studio d’enregistrement Super Bear Studio, à Nice. Son ami passe le mot : Bernard est débrouillard. En visitant le lieu, il croise le patron qui lui lance : ”J’ai une fuite d’eau, si tu me la répares, je t’embauche.” En fermant un robinet, il commence le lundi qui suit. “Voilà, comment tu rentres, dans le rock’n’roll.” Il est quelques années régisseur et homme à tout faire, auprès des plus délurés et talentueux : Pink Floyd, Elton John, Alan Parson… Un grand plongeon dans la vie artistique et ses excès.

Se présente une nouvelle opportunité : il devient imprimeur d’eaux fortes et aquarelliste de gravure pour un éditeur de Dali. “J’ai usé mes pinceaux jusqu’au bout. Ce sont de vrais-faux Dali, certifiés, mais pas signés par lui… Il était déjà gaga. On avait un grand atelier avec toute une bande de pitres. Les nuits, alors qu’on faisait la fête, on peignait… Pour passer la journée du lendemain à rattraper nos conneries dans les douches, à l’eau de javel. Quelques-unes étaient excessivement drôles”. Des errements qui suscitent les premières créativités.

A 30 ans, il entre aux Arts et Métiers sur un coup de bol. “Ils m’ont filé un balai. On était trois. L'un dormait dessus pour rattraper sa nuit, l’autre était consciencieux. Moi j’ai jamais touché le manche.” Il repère rapidement une machine à découpe numérique qui pique sa curiosité. “Deux mois après, je savais m’en servir.” Plus la marche est haute, plus ça l’attire. Dès la première année, il entre en étude d’ingénieur et obtient les clés de machines à découper aux jets d’eau.

"Tron", Bernard Dublé.

“La première maquette de meuble que j’ai faîte, c’était pour un concours que j’ai passé sous un faux-nom, car j’étais trop vieux. J’ai reçu un prix spécial du jury en étant hors-sujet… Et exposé à Beaubourg. Ça te résume le jemenfoutisme de ma carrière.” Dans les années 90, il ne s’affiche ni artiste ni designer. Il accorde beaucoup de respect au “titre”, qui devrait être réservé qu’aux personnes qui peuvent prouver un réel travail. Avec légèreté, il tranche : “Même si tu dessines super bien, c’est nul. Depuis le XVIIè siècle on dessine très bien, mais intellectuellement, t’es une truffe ! Je suis dilettante mais je n'aime pas les trucs vite-fait, ni ceux que j’ai vu vingt fois.” 

“Aujourd'hui, si t’es pas reconnu et milliardaire tu passes pour un con. Je préfère avoir la satisfaction intellectuelle d’avoir créé quelque chose. D’avoir ouvert une voie à cheval entre le design, l’art, la technique et la philosophie. La tendance c’est le concept facile, vendable, à passer sur Tik Tok. Ce qui m’intéresse c’est la pérennité. Je fais des installations réfléchies. Je ne mets pas un néon dans un tas de cailloux. Peut-être que dans dix ou 100 ans, on pourra dire : il a fait avancer le bazar.”

Un pliage et une découpe pour une forme magique

“Un jour, j'ai acheté un bouquin d’origami.” Dans un souffle : “J’avais 25 balais et j’ai vu un maître japonais faire son autoportrait en origami. Ça m'a bluffé. Le niveau était trop élevé.” L’origami, c’est une base carrée sans découpe. “Je suis alors parti d’une intuition toute con” : Bernard détourne cet art en lui ajoutant deux nouvelles lois. Une base rectangulaire (½) et une seule découpe.  “A partir de là, j'ai suivi une plaque industrielle standard européen. Ça m’a donné une grille d’accord, un peu comme dans le jazz. Des paramètres de contraintes desquels j’allais puiser ce que je pouvais faire.”

"Baigneuse", Pablo Picasso et "Nu Bleu" Henri Matisse.

Avec entrain, il ramène et pose sur la table deux maquettes en métal. “C’est parti de Monsieur.” Chaque accoudoir fait la taille de l’assise. C’est un concept de meuble meublant, destiné aux grands halls d’hôtels. “Rapidement, je le trouve un peu trop gros et je m’essaye à en faire un un peu plus féminin." Son ambition ? Se glisser entre les pages d’un livre d’art qu’il nous tend, entre ce Matisse et ce Picasso. “Je suis tombé rapidement sur cette forme-là.” Il la peint en bleu, clin d’œil à Yves Klein. Une forme qui allait tout changer.  

"A la manière de Vermeer", tableau dans l'entrée de Bernard Dublé.

Bernard a d’abord l'obsession de faire du meuble sur-mesure. Et il n’avait pas de mesure : “dans le temps, on calculait tout à la coudée, moi c’est une fémurée. J’ai tout fait à ma taille.” Finalement, il tombe dans le vertige de  l’art. “J’ai commencé à la triturer, à la courber. J’y trouve quelque chose d’anthropomorphe. C’est suffisamment organique pour avoir l’impression de voir un humanoïde, d’abord debout, ou plié. Une fois que j’ai trouvé ça, je me suis aperçu qu’on pouvait la mettre à l’envers… Dans un autre pliage.” Il la renverse. “J’ai commencé à plier plus largement, c'est devenue une chaise longue. Si je fais la chaise longue, il y a une autre dynamique d’assise. A partir de là…” 

C’est une petite révolution mathématique : en design, normalement, une forme égale une fonction. “Quand tu dessines une fourchette ça devient rarement un couteau. Moi j’ai une forme et plein de fonctions. J’ai eu de la chance avec cette forme-là.” Il la transforme et la manipule dans tous les sens jusqu’à l’abstrait. “Ça fait 40 ans que j’y suis.” La complexité s’immisce d’après la simplicité. 

Variations de la même forme : chaise, fauteuil et table.

Au milieu des années 80, Bernard rencontre, sans le savoir, Pierre Restany, critique d’art contemporain, qui est l’inventeur du terme École de Nice. César fait de la compression et des expansions en mousse de polyuréthane. Arman de l’accumulation en mettant des tubes directement sur la toile. Sosno, son pote, lui, fait de l’oblitération : des statues grecques en creux. “Je rencontre donc ce critique en soirée, j’avais à l'époque ma forme sur moi et j’avais moins de 30 ans. Il m'a regardé : ” — c’est vous qui avait fait ça ? — Bah oui, pourquoi ? — C’est honteux. — Pourquoi ? — Parce que vous êtes un trou du cul bordel. C’est un archétype. — Et c’est quoi un archétype ? — Bah voilà, c’est bien ce que je me disais, vous êtes con ! — Il avait vu ce que je n’avais pas vu.” Tout le monde, autour du globe, voit la même chose sur cette forme : à l’horizontale un poisson et à la verticale une femme.

Une vie à jouer au Léonard - Géo Trouvetou

La forme disséquée à la manière de Léonard de Vinci.

“Je me considère comme un humain chercheur. Et coup de cul ! Je suis un trouveur. Mais c’est un coup du cul !." Bernard sait de quoi il parle : il a passé dix ans dans un laboratoire de recherche pour la construction industrielle. Notamment sur les courses de voiliers interstellaires à poussée photonique. Vous avez bien lu, Bernard a travaillé, dans cette même vie, avec des prix Nobel. Il nous glisse qu’il ne sait pas se servir d’un micro-onde à deux boutons, mais d’une console 36 voies. Il peut rester des heures devant une machine à essayer de comprendre la fonction de tel tuyau ou apprécier le travail appliqué au traitement d’un moteur. En somme, il apprécie la somme des intelligences. 

Cette forme l’entraîne progressivement dans un champ multipolaire vaste. “Très rapidement j’avais vu que j’avais mis le doigt dans un truc que je ne maîtrisais pas et qui me dépassait, de très grand. J’avais d’autres chances d’explorer et d’expérimenter de nouvelles matières et techniques.” Son concept part du design pour arriver à une sculpture. De là, il en fait des instruments pour peindre. Les deux lui ont donné la possibilité de faire des vidéos et des installations. Puis il a mis en place un langage de représentation graphique des formes, qui lui a demandé des années.  “Dans mes peintures, en pochoirs, va savoir ce que prend la forme qui m'obsède. J’aime me tromper et tromper le public. J’ai eu plusieurs statuts. J’ai changé de noms, de casquettes. J’ai besoin de revoir le truc sous un nouvel angle, constamment.” 

Pochoir et calligraphies, Bernard Dublé.

Nous partons dans le grenier découvrir les multiples boîtes qui amoncellent des centaines de pièces de toutes tailles et de toutes matières. Ce sont des itérations de plus de toutes ses recherches. Le concept est éprouvé, mais n’arrive pas à lasser. La forme a sa propre vie. On extrait un meuble musical qu’il a produit un peu par hasard, d’une découpe en trop d’un meuble raccourci. Le terrain de jeu est insatiable. “Je suis découvreur, sans faire vraiment exprès, d’un nouveau continent. La recherche, la technique, la scientificité, qui ouvrent la porte à la création et la créativité artistique, contrainte par des lois. Un artiste crée ses propres paramètres de contraintes. C’est une totale liberté, mais, hop, t’es en ré. Sinon ça dissone. Ou alors c’est du free jazz et du grand n'importe quoi.” 

“Je peux pas refaire la même chose que j’ai fait la veille”. Ce n’est pas qu’une philosophie ou une posture. C’est la contrainte de production de la forme. Il mobilise des connaissances, de nouveaux outils et de l’argent. “J’ai souvent plus cher de découpe que de matière. Je suis contraint par les matériaux, les techniques, les coupes, les standards, mes petits bras qui font que je peux plier de l'alucobond, de l’alupanel mais pas de l’alu de 3 cm. Faut que je fasse appel aux pros.” Son rire nous emporte dans un souvenir joyeux : “Avant je pliais des trucs avec mes deux enfants qui faisaient contrepoids à un endroit et un ami pour plier l’autre bout. Et là, pendant 15 jours, c’était le bordel. L’appart rempli. Les gamins n’avaient plus de chambre, juste un lit.” 

"Jazzman", Bernard Dublé.

Depuis, l’atelier s’est pourvu de machines en tout genre, entre le bureau d’architecte et l’établi moderne. Les cahiers techniques abondent des polymorphies des pièces. Et chaque nouveau projet est pris comme un défi. “Mon truc est ténu : comment optimiser une feuille en fonction du nombre de pièces… Avec beaucoup de calculs. Des heures d'arithmétiques. J’en ai des pages. Pour toutes les possibilités. Enfin, la part d’aléatoire. Mes musiciens (de blues), je les avais prévus, mais pas comme ça. Désormais un peu penchés, ils sont dans l’effort.” 

La forme parle et vit d’elle-même. Dans cette recherche totale, un ami le qualifie d’artiste d’avant-garde. “Ce que j’ai trouvé est génial, mais moi non. J’en ai pas fait le tour. Je sais que je n’ai pas trouvé la totalité des possibilités de cette forme. J’espère que d’autres s'engouffreront avec la même avidité, la même curiosité… Je ne suis pas comme Dali qui voulait se la jouer comme un génie… J’ai eu des chances et des opportunités que d’autres n’ont pas eu.” Il les a saisi avec légèreté, curiosité et un peu d’insouciance. Cette recherche, un peu folle, lui sert étrangement de garde-fou. C’est la forme d’une vie, une œuvre intégrale.

Photographies : Bernard Dublé & Marc Jauneaud.
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